Pourquoi certains exercices sont plus difficiles selon notre morphologie ?

LA PLUME DE MARIANNE

Marianne Philippe écrit sur le mouvement avec curiosité, précision et une pointe d’humour. Chaque article est le fruit d’un travail approfondi de recherche et de vulgarisation : elle décortique les connaissances scientifiques les plus solides pour les transformer en explications claires, concrètes et faciles à s’approprier.

L’objectif ? Vous donner les clés pour comprendre votre corps, sans simplifier à l’excès, sans dogmes et sans promesses miracles.

De la quadrupédie au pied à la place de la main

Exercice en quadrupédie avec passage du pied vers l’avant

« Enlevez la main et mettez votre pied sur l’empreinte de la main. »

Sur la coach, ça glisse tout seul : main retirée, pied avancé, arrivé à destination.
Moi… je cale !
Alors quoi ? Je manque de mobilité ? De souplesse ? Je m’y prends mal ?
Pas forcément.
Parce que derrière une consigne apparemment toute simple, il y a aussi… le corps qui doit la réaliser.
Et nous ne sommes pas toutes fabriquées avec les mêmes proportions, les mêmes amplitudes articulaires, ni les mêmes stratégies de mouvement.

Pour réaliser ce geste, il ne suffit pas d’avoir de la souplesse. Il faut combiner plusieurs choses : une flexion importante de hanche, une flexion du genou, une certaine mobilité de cheville lorsque le pied arrive au sol, mais aussi une organisation du bassin et du tronc permettant de créer suffisamment d’espace pour faire passer la jambe.

Et… une morphologie au carré.

Car la longueur relative des bras, du tronc, du fémur et du tibia modifie la géométrie de l’exercice. Deux personnes ayant des mobilités comparables peuvent donc ne pas avoir du tout la même facilité à amener leur pied exactement à l’endroit où se trouvait leur main.

À cela s’ajoutent les caractéristiques individuelles de la hanche : l’anatomie osseuse et l’orientation des différents segments peuvent influencer l’amplitude disponible et surtout la manière confortable d’aller la chercher.

Alors oui, parfois il existe une limitation de mobilité sur laquelle on peut travailler.
Mais n’en concluons pas trop vite qu’un pied qui refuse obstinément d’arriver à la place de la main révèle un défaut de fabrication.
Parfois, c’est simplement la conception originale du modèle.

Si j’ai de longs fémurs, de longs tibias et des bras relativement courts, la géométrie de l’exercice ne sera pas la même que chez ma voisine dotée de proportions différentes.
Il faudra donc bien que mon corps trouve une solution.
À moins, évidemment, de raccourcir le fémur et le tibia à la scie. Mais, perso, je trouve l’option un peu excessive. 😄

Alors, plutôt que de nous sacrifier, on peut commencer par modifier le chemin.

Je peux prendre le chemin tout droit : la hanche se fléchit, le genou avance vers l’avant et le pied suit une trajectoire assez directe vers la main.

Mais je peux aussi faire un petit détour par le côté : la cuisse s’ouvre légèrement, associant à la flexion de hanche un peu d’abduction et de rotation, puis le pied revient vers l’avant.

Chemin direct ou petit circuit touristique 😄 : l’objectif peut être le même, la trajectoire ne l’est pas forcément.

Et ce détour n’est pas nécessairement une compensation à corriger. Il peut simplement être une stratégie qui permet de faire passer la jambe plus facilement.

Essayez :
« Tout droit. Puis autorisez un petit demi cercle de jambe. Qu’est-ce qui change pour vous ? »

Et si, malgré le petit détour, mon pied n’arrive toujours pas à destination ?
Eh bien, je le pose là où il peut.
Pas besoin d’en faire tout un drame.

Différentes stratégies pour avancer le pied depuis la position à quatre pattes

S’il s’arrête un peu derrière l’endroit où se trouvait ma main, je peux reculer légèrement mon corps.
Et hop !
Au lieu d’exiger du pied qu’il accomplisse tout le voyage, je déplace aussi le reste du corps.

Je peux également lui donner littéralement un coup de main : je glisse mon bras sous ma cuisse, l’avant-bras la soutient, je soulève légèrement la jambe et je l’accompagne vers l’avant avant de reposer le pied.
Bingo !
Après tout, ce pied mérite bien un coup de main.

Et je peux encore agir ailleurs. Oui, oui : non plus sur mon corps, mais sur l’exercice lui-même.

Je pose mes mains sur deux blocs de yoga. Mon tronc se retrouve plus haut, je crée davantage d’espace sous moi et le passage de la jambe devient plus facile.
Et youppie !
Je n’ai gagné ni cinq centimètres de bras, ni raccourci mes fémurs.
J’ai simplement modifié la géométrie de la situation.

Pour autant, adapter ne veut pas dire fuir.
Parce que si je prends toujours le même petit détour, si je recule systématiquement mon corps, si je pose mes mains sur des blocs à chaque fois… je peux aussi passer à côté de quelque chose.
Pas forcément d’une faute à corriger. Mais peut-être d’une possibilité à explorer.

Alors parfois, ça vaut le coup d’aller voir.
Doucement. Progressivement. Avec des amplitudes plus petites, des appuis différents, des variantes. Pas pour rentrer dans le moule de la coach. Juste pour voir ce qui devient possible.

La vraie question n’est donc peut-être pas seulement :
« Est-ce que je peux contourner ? »
Mais aussi :
« Est-ce que ça vaut le coup d’aller voir ce qui se passe là-dedans ? »

Parfois oui. Parfois non. Parfois maintenant. Parfois plus tard.

Et c’est là que la nuance devient intéressante : adapter le mouvement ne signifie pas toujours compenser un défaut.

Ce que l’on appelle parfois une adaptation ou une compensation peut simplement être une stratégie trouvée par le corps face à la géométrie de l’exercice.

Certaines choses se travaillent. D’autres se contournent. Et d’autres encore font simplement partie du modèle.

Je vous entends quand même demander :
« Si je ne fais pas exactement comme la coach, est-ce que j’atteins quand même les mêmes objectifs ? »
Évidemment !

Parce que l’objectif de cet exercice n’est pas de réussir une photographie parfaite avec le pied exactement posé sur l’empreinte de la main.

On travaille notamment la mobilité de la hanche, le transfert du poids du corps, la réorganisation des appuis, le contrôle postural, la stabilité du tronc et de la ceinture scapulaire, la coordination et le passage organisé d’une position à une autre.

Au départ, en quadrupédie, quatre appuis répartissent la charge. Dès que j’enlève une main pour faire avancer la jambe du même côté, ma base de sustentation change et mon centre de masse doit se réorganiser au-dessus des appuis restants.

Le tronc et la ceinture scapulaire participent au contrôle de cette transition. Le bassin s’organise pour laisser passer la jambe, tandis que la hanche combine la flexion avec les ajustements de rotation et d’abduction/adduction nécessaires à la stratégie choisie.

Que mon pied arrive directement, qu’il fasse un petit détour, que je recule légèrement mon corps, que j’aide ma cuisse avec mon bras ou que je pose mes mains sur des blocs, je reste dans les grands objectifs de l’exercice, même si les contraintes — et donc le travail demandé — ne sont pas exactement les mêmes.

Mais je n’ai pas cessé de faire l’exercice simplement parce que je n’ai pas reproduit exactement la forme montrée par la coach.

Au contraire, l’exercice devient alors autre chose qu’une forme à reproduire : il devient un problème moteur à résoudre.

L’objectif pédagogique n’est plus seulement :
« Ton pied DOIT arriver exactement à la place de ta main. »
Il peut devenir :
« Voilà où nous voulons aller. Maintenant, trouve comment ton corps peut y aller. »

Déplacer le pied, déplacer le corps, changer la trajectoire, aider la jambe ou modifier les appuis : ce ne sont pas forcément des moyens de « tricher ».
Ce sont des stratégies.

Le pied à la place de la main n’est plus une obligation géométrique.
C’est un repère.

Une destination peut être commune. Le chemin, lui, ne l’est pas forcément.

Alors prends ton pied !

Marianne

Le petit mot de Séverine.

Cette situation, je la rencontre très souvent dans mes cours : « Chez toi, le mouvement passe. Chez moi, non. Qu’est-ce qui cloche ? »

Et justement, ne pas réussir un exercice exactement comme la personne qui le montre ne signifie pas forcément manquer de mobilité ou mal faire le mouvement.

Notre morphologie, nos proportions, nos amplitudes articulaires, mais aussi notre force, nos appuis, notre équilibre et notre coordination influencent la façon dont nous réalisons un exercice.

C’est pour cette raison que, dans mes cours de Pilates, de renforcement et de mobilité, je ne cherche pas à faire entrer tous les corps dans une même forme. Nous pouvons modifier une amplitude, un appui ou une trajectoire. Parfois pour adapter le mouvement à la personne ; parfois pour explorer progressivement une possibilité qui peut encore être développée.

L’objectif n’est donc pas de reproduire parfaitement mon mouvement. C’est de comprendre ce que l’exercice demande, ce que votre corps vous permet aujourd’hui et comment nous pouvons le faire évoluer.

C’est cette façon de travailler que j’enseigne dans mes cours, en ligne et à Beaufays : une même destination peut être proposée à tout le monde, sans obliger tous les corps à emprunter exactement le même chemin.

Envie de découvrir cette façon de travailler ?

Mes cours en ligne permettent de pratiquer de chez vous, avec des variantes et des repères pour adapter les mouvements à votre corps.

Découvrir les cours en ligne Me contacter

Une question ? Vous pouvez aussi m’écrire directement à info@avecseverine.com .

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *